A propos
Cette page est toujours en construction. Pour le contenu complet, il faudra repasser prochainement ! Mais ci-dessous, le manifeste de notre format mémoire des luttes.
Mémoire des luttes : manifeste
Avec Irruption, on a décidé d’explorer la mémoire des luttes et de l’histoire sociale belge. Pour nous, il est impératif de ressortir des tiroirs tous ces récits de lutte et de résistance oubliés.
Depuis qu’elle existe, la pratique de l’histoire est souvent liée au pouvoir. Elle légitime les conquêtes, essentialise les peuples. Elle nous oriente vers un avenir perçu comme allant vers le progrès en gommant la mémoire des opprimé·es, des mutilé·es, des sans-noms, dont on a tué jusqu’au souvenir.
Dans l’inconscient collectif, l’histoire de la Belgique se résume surtout à quelques “grands hommes” et grandes dates. C’est aussi l’histoire d’une opposition communautaire et linguistique, vidée de ses fondements matériels, pourtant au cœur de ces conflits.
Imposé par les classes dominantes, ce récit passe sous silence la violence des rapports sociaux à travers les siècles. Que ce soit dans l’exploitation économique ou dans la conquête du pouvoir politique.
Qui se souvient des luttes ouvrières qui ont traversé la Belgique, des révoltes de 1932 dans le Borinage, des grèves de 1936 qui nous ont apporté les congés payés, ou de la grève du siècle en 1960 et son million de grévistes ?
Alors que catholiques et libéraux ont délibérément empêché le suffrage universel pendant des décennies, qui se souvient des 35 ouvrier·es assassiné·es pour avoir simplement voulu glisser un bulletin dans l’urne ?
On récite les noms des rois qui se succèdent, mais pas ceux des militantes féministes qui ont marqué le pays, comme Émilie Claeys, pionnière des droits des femmes en Belgique, Aimée Bologne Lemaire, grande résistante antifasciste, ou encore Régine Karlin, infatigable militante pour les droits humains.
Alors que cet évènement a pourtant marqué l’Europe, qui connaît les récits de la grève des femmes de la FN Herstal, “À travail égal, salaire égal” ?
Et puis évidemment nos manuels d’histoire ont aussi passé sous silence la participation active de la Belgique dans l’impérialisme, la violence de la colonisation et de l’exploitation du peuple Congolais et de ses ressources. Alors que Leopold II trône encore sur les grands boulevards de Bruxelles, personne n’a pensé à nous expliquer le système concentrationnaire des camps de relégation, ou la responsabilité belge dans l’assassinat de Lumumba.
On ne prétend pas à l’exhaustivité, pas plus qu’à l’objectivité. Comme le philosophe Walter Benjamin, on aborde l’histoire tel·les des chiffonnier·es. On récupère ce qui n’a pas été retenu, on ressort ces récits dont l’histoire officielle n’a pas voulu. Ces récits oubliés, opprimés comme il les appelle. Ceux qui viennent du fond des mines et du sommet des hauts fourneaux, ceux des premières associations de travailleur·euses, des révoltes, des soulèvements populaires, des grèves. Ceux forgés par l’action collective et la croyance en un monde nouveau.
Nous voulons penser le futur à partir des mémoires passées. Nous voulons que le passé puisse servir le projet politique présent. L’histoire n’est pas linéaire. Ce travail de mémoire doit nous armer pour lutter contre l’ignorance et le conformisme imposé par les systèmes fascistes et capitalistes.
Ces luttes ne sont pas des événements isolés, séparés dans le temps et sans lien entre eux. Ils forment un fil rouge, une continuité souterraine qui traverse les siècles et les générations. La gréviste de la FN Herstal en 1966, l’ouvrier du Borinage en 1932, l’activiste féministe du début du XXe siècle, ou encore le militant décolonial combattant pour l’indépendance du Congo. Toustes se battaient sur des fronts différents, mais participaient au même mouvement de résistance collective. Et ce n’est pas un hasard si ces résistances ont émergé là où elles ont émergé : dans les usines, dans les mines, dans les rues, partout où des rapports de domination s’exercent ; des rapports qui se répondent, se renforcent et s’alimentent mutuellement. Elles surgissent là où des contradictions s’aiguisent, là où la domination se heurte à celles·eux qu’elle tente d’écraser. L’oppression de genre, l’exploitation économique, la violence coloniale se nourrissent les unes des autres, et les luttes qui leur résistent aussi. C’est cette dialectique qui fait que chaque combat, même défait, déplace quelque chose, ouvre une brèche, transmet une pratique de résistance, une solidarité, une façon de se tenir ensemble, face au pouvoir. Faire le travail de mémoire, c’est refuser l’idée que l’histoire serait faite de combats dispersés, gagnés ou perdus une fois pour toutes. C’est comprendre que chaque lutte nourrit la suivante, et que cette chaîne ne s’arrête pas à nous.
Puissante, combative, solidaire, plurielle, l’histoire sociale belge est hors norme. Faisons résonner la mémoire des luttes passées pour armer nos combats présents.