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Les Biches Sauvages : récit d’un collectif lesbien bruxellois dans les années 70

  • 14/05/2026
Plan de travail 1 copie@3x

Contexte

Dans une Europe post mai 68, le mouvement néoféministe et le mouvement de libération homosexuelle sont en plein essor en Belgique. Au croisement de ces mouvements, celleux qui ont souvent été invisibilisé·es trouvent une place nouvelle : les lesbiennes.

Après la grève des femmes de la FN Herstal en 1966, “A travail égal, salaire égal”, le féminisme belge prend un coup d’accélérateur. Les travailleuses s’organisent pour l’égalité des droits, la dignité ouvrière, la lutte contre toutes formes de discrimination. 

Dans cette lignée, le néoféminisme gagne la Belgique dans les années 70. Parti des États-Unis, le néoféminisme (ou “féminisme de la deuxième vague”) est un courant féministe radical, en rupture avec la vague précédente, qui exige la libération des femmes et une société juste et solidaire.

Il s’organise tout d’abord autour de la question du travail des femmes, avant de s’élargir à des revendications plurielles : travail ménager, sexualité, avortement, etc.

Parmi les collectifs emblématiques de ce nouveau féminisme qui se veut en rupture avec la vague précédente, on retrouve notamment le Front de Libération des Femmes (FLF), connu entre autres pour son interruption du concours Miss Belgique en 1971 contre l’objectification des corps des femmes.

Le mouvement de libération homosexuelle, de son côté, est très masculin. Il s’articule autour du combat contre l’article 372bis du Code pénal, qui introduit en 1965 un âge de majorité sexuelle différent pour les homosexuels (16 ans et non 18). 

Dans ce combat naissent le Mouvement Homosexuel d’Action Révolutionnaire (MHAR) et l’Internationale Homosexuelle Révolutionnaire (IHR).

Les lesbiennes belges des années 70 sont présentes dans ces deux luttes. Néanmoins, un constat demeure : elles sont des femmes*, elles sont queer. Mais l’intersection de ces deux identités est rarement prise en compte dans les mouvements qu’elles fréquentent.

C’est ainsi que naît une communauté bruxelloise qui sera présente de 1972 à 1974 : les Biches Sauvages.

Evénements

Les Biches Sauvages, c’est au départ, en 1971, un noyau de quatre militantes issues des mouvements néoféministe et de libération homosexuelle : Brigitte, Chris, Isabel et Claudine. Irène rejoint ensuite la communauté en 1973.

La création de ce collectif émerge de la nécessité de créer un espace lesbien encore non existant. La raison d’être des Biches est la suivante : faire communauté entre personnes s’identifiant comme lesbiennes, et porter les luttes féministes et queer en prenant enfin en compte leur intersection. Il s’agit de défendre les intérêts des lesbiennes, entre lesbiennes, et construire un espace dans lequel exister pleinement.

Les Biches se présentent comme suit : “Nous sommes quelques lesbiennes – pas beaucoup (et puis le nombre, quelle importance ; même si on était une seule, il faudrait le dire) qui ayant marre d’être toujours cocufiées aussi bien par les mouvements féministes que par les mouvements homos, ont décidé de prendre en main notre autonomie propre et de défendre nous-mêmes nos intérêts. Et surtout, nous désirions nous rencontrer, nous connaître et nous AIMER entre nous, au-delà de toutes les confrontations auxquelles la société sexiste nous soumet chaque jour. Et si vivre dans la marge s’avèrera comme le seul moyen (risque) pour assumer notre désir, nous prendrons la marge et nous en ferons une VIE…”.

Les Biches Sauvages vivent ensemble, dans une maison communautaire pensée pour les femmes* et les lesbiennes. Elle émerge d’une volonté de rupture avec les schémas traditionnels familiaux de l’époque.

Au 18 rue de l’Inquisition, on crée un journal qui vise à faire communauté entre lesbiennes, on rédige des tracts, on tient des réunions, on accueille d’autres collectifs, des personnes de passage. Puis comme le dit si bien le slogan, “être lesbienne est une fête”, donc les soirées y trouvent évidemment leur place. 

Sous le nom des “Lesbiennes Radicales”, les membres des Biches Sauvages s’organisent aussi dans des actions publiques. Elles sont notamment présentes en 1973 lors des manifestations pour la dépénalisation de l’avortement.

En 1974, elles décident de s’en prendre au concours de beauté Miss Belgique, comme le FLF en 1971, afin de dénoncer l’objectification des corps des femmes. Accompagnées d’autres camarades, elles s’introduisent dans le casino de Knokke qui héberge la cérémonie et montent sur la scène avec leur slogan provocateur : “de la viande fraîche à Knokke, profitez-en”. Elles sont évacuées rapidement par les vigiles, et la production coupe ce passage au montage. L’action aura un retentissement moindre que celle de 1971 mais reste un exemple marquant de l’engagement de ces militantes.

Cette même année, à la suite de tensions internes, financières et logistiques, la communauté finit par se dissoudre.

Impact

Même s’il serait erronné d’affirmer que les collectifs et initiatives lesbiens et queer qui ont suivi les Biches sauvages en sont l’héritage direct, il subsiste une continuité dans les luttes des personnes queer en Belgique. 

La visibilité des lesbiennes, bien plus grande à l’heure actuelle, n’a pas toujours existé, et s’inscrit dans la lignée d’initiatives comme celle des Biches Sauvages. 

Le 15 mai 2026, la deuxième Dyke* March aura lieu à Bruxelles. En 2025, son historique première édition avait rassemblé environ 2000 personnes les·bi·ennes. Cela aurait-il été possible sans les histoires de nos aîné·es ?

Les Biches Sauvages, leur maison communautaire, leurs actions, tout cela peut paraître “petit” à l’échelle de l’histoire sociale belge. Mais l’intime est politique. Et les luttes sont multiples, hétérogènes, liées.

Le lesbianisme reste peu étudié en Belgique, peu documenté, peu archivé.

Pourtant, leur histoire est notre histoire. Et raconter ces histoires, c’est les faire vivre.

Sources

Mathilde Messina, Des Biches Sauvages aux Lesbianaires : le lesbianisme politique à

Bruxelles (1972-1982), mémoire de master en histoire, dir. V. Piette, ULB, 2011.

Un immense merci à Mathilde Messina pour le partage de son précieux travail.

Revue de « Les biches sauvages », n.1, publiée en 1973 (archives de l’AVG – CARHIF).

Tract de « Les biches sauvages » datant de 1973-1974 (archives de l’AVG – CARHIF). 

La Lanterne, 13 mai 1974, La Dernière Heure, 13 mai 1974 [Consulté au Centre de documentation et d’archives – Les Lesbianaires, archives non-inventoriées, chemise « Miss Belgique 1974 ». Coupure de presse]

“Irène Kaufer : le féminisme lesbien”, documentaire du CARHIF, https://www.youtube.com/watch?v=A2NvJB8HUIo 

https://maitron.fr/kaufer-irene-belgique/, notice KAUFER Irène. [Belgique] par Simon Hupkens, version mise en ligne le 25 mars 2024, dernière modification le 9 juin 2024.

AVG CARHIF, “Libérer les femmes. Changer le monde. Le féminisme des années 70 en Belgique”, dossier pédagogique, 2020, https://avg-carhif.be/wp-content/uploads/2021/03/d_LibrerLesFemmes_DossierPdagogique_BR_77106.pdf 

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